La sécurité incendie constitue un enjeu majeur dans la conception et l’exploitation des bâtiments recevant du public. Les portes coupe-feu représentent un élément essentiel de cette protection passive, permettant de compartimenter les espaces et de limiter la propagation des flammes, de la fumée et des gaz toxiques. Leur installation répond à une réglementation stricte, encadrée par plusieurs textes législatifs et normatifs qui définissent précisément les obligations des maîtres d’ouvrage et exploitants.

Ces dispositifs de sécurité ne se contentent pas d’empêcher la propagation d’un incendie : ils facilitent également l’évacuation des occupants et l’intervention des services de secours. La conformité réglementaire exige une connaissance approfondie des normes applicables, des procédures d’installation et des contrôles périodiques obligatoires.

Cadre réglementaire des portes coupe-feu selon l’arrêté du 25 juin 1980

L’arrêté du 25 juin 1980 constitue le texte fondamental régissant la sécurité contre les risques d’incendie et de panique dans les établissements recevant du public. Ce règlement définit les exigences générales applicables à tous les ERP ainsi que les dispositions particulières selon le type d’exploitation. La réglementation impose l’installation de portes coupe-feu dans des configurations spécifiques, déterminées par la classification de l’établissement et sa capacité d’accueil.

Les établissements sont classés en cinq catégories selon leur effectif maximum admissible : la première catégorie accueille plus de 1 500 personnes, la deuxième de 701 à 1 500 personnes, la troisième de 301 à 700 personnes, la quatrième jusqu’à 300 personnes, et la cinquième catégorie concerne les établissements dont l’effectif est inférieur aux seuils spécifiques définis par type d’activité. Cette classification détermine directement les exigences de résistance au feu des équipements de sécurité.

Classification de résistance au feu EI 30, EI 60 et EI 120 minutes

La classification européenne EI remplace depuis 2004 l’ancienne nomenclature française SF, PF et CF. Cette nouvelle classification s’appuie sur trois critères fondamentaux : l’étanchéité aux flammes et aux gaz chauds (E), l’isolation thermique (I), et la capacité portante (R) lorsqu’elle est requise. Les durées de résistance standardisées s’échelonnent de 15 à 240 minutes, les plus courantes étant EI 30, EI 60 et EI 120 minutes.

Une porte classée EI 30 résiste au minimum 30 minutes à l’action du feu en conservant son étanchéité et son isolation thermique. Cette performance s’obtient par l’utilisation de matériaux spécifiques : âme isolante en laine de roche haute densité, joints intumescents qui gonflent sous l’effet de la chaleur, et structure métallique dimensionnée pour résister aux déformations thermiques. Les essais de qualification suivent la norme NF EN 1634-1 dans des laboratoires agréés.

Obligations du code de la construction et de l’habitation articles R123-1 à R123-55

Les articles R123-1 à R123-55 du Code de la construction et de l’habitation précisent les modalités d’application de la réglementation incendie dans les ERP. Ces dispositions définissent les responsabilités du maître d’ouvrage durant la conception

et de l’exploitation, ainsi que celles de l’exploitant une fois l’établissement en service. Ils imposent notamment la mise en place de dispositifs de compartimentage, la continuité des dégagements protégés et l’utilisation de portes coupe-feu conformes aux procès-verbaux d’essais. En pratique, cela signifie que vous devez non seulement choisir une porte coupe-feu certifiée, mais aussi garantir que sa mise en œuvre respecte strictement les prescriptions du fabricant et des textes réglementaires.

Les articles du CCH prévoient également les obligations de maintenance et de vérification des équipements de sécurité, dont les blocs-portes coupe-feu. L’exploitant doit tenir à jour un registre de sécurité mentionnant les contrôles périodiques, les opérations d’entretien, les réparations et remplacements éventuels. En cas de travaux ou de modification de cloisonnement, toute intervention susceptible d’altérer la performance feu d’une porte doit faire l’objet d’une analyse de conformité et, le cas échéant, d’une remise à niveau. À défaut, sa responsabilité civile et pénale peut être engagée en cas de sinistre.

Normes européennes EN 16034 et marquage CE obligatoire

Au-delà des textes nationaux, les portes coupe-feu sont encadrées par des normes européennes harmonisées. La norme EN 16034 définit les exigences de performance pour les portes et fermetures résistant au feu et/ou à la fumée, en complément de la norme EN 14351-1 pour les blocs-portes extérieurs piétons. Pour les portes coupe-feu donnant sur l’extérieur, le marquage CE est devenu obligatoire, attestant que le produit est conforme aux exigences essentielles de sécurité définies au niveau européen.

Concrètement, une porte coupe-feu marquée CE a été soumise à des essais de résistance au feu (selon EN 1634-1) et de durabilité des dispositifs de fermeture, et elle fait l’objet d’un contrôle de production en usine (FPC). Le marquage CE est accompagné d’une déclaration de performance (DoP) qui précise la classe de résistance (EI 30, EI 60, EI 120, etc.), l’usage prévu et les limites de mise en œuvre. Pour vous, maître d’ouvrage ou exploitant, cette documentation est un élément clé : elle vous permet de vérifier que la porte coupe-feu est bien adaptée à la situation de pose envisagée et à la catégorie de bâtiment.

À ce jour, les blocs-portes intérieurs coupe-feu ne sont pas encore soumis à un marquage CE obligatoire dans tous les cas. Ils restent régis par la réglementation française, avec obligation de disposer d’un procès-verbal de classement feu délivré par un laboratoire agréé. Néanmoins, la tendance va vers une harmonisation progressive, et il est judicieux d’anticiper ces évolutions en privilégiant des produits déjà conformes aux référentiels européens, notamment si vous travaillez sur des projets multi-sites ou internationaux.

Contrôles périodiques par organismes agréés COFRAC

La conformité des portes coupe-feu ne se limite pas à leur certification initiale. Pour conserver leur efficacité dans la durée, ces équipements doivent faire l’objet de contrôles périodiques réalisés par des organismes compétents, souvent accrédités COFRAC (Comité français d’accréditation). Ces contrôles portent sur l’état général du bloc-porte, le bon fonctionnement des ferme-portes, l’intégrité des joints intumescents et l’absence de modifications non autorisées.

Dans les établissements recevant du public et les immeubles de grande hauteur, ces vérifications sont généralement annuelles au minimum, voire plus fréquentes pour les portes coupe-feu des dégagements principaux. L’organisme de contrôle délivre un rapport mentionnant les non-conformités constatées et les actions correctives à engager. Vous avez alors l’obligation de remédier rapidement aux défauts relevés, qu’il s’agisse d’un réglage de ferme-porte, du remplacement de joints détériorés ou de la réfection d’un ouvrage de maçonnerie autour de la huisserie.

On pourrait comparer ces contrôles à un « contrôle technique » de votre bâtiment : une porte coupe-feu qui ne ferme plus correctement ou dont le dormant a été percé pour passer des câbles ne joue plus son rôle de barrière au feu. En cas d’incendie, les conséquences peuvent être dramatiques. C’est pourquoi il est recommandé de mettre en place, en parallèle des visites réglementaires, une surveillance interne régulière par le service maintenance ou le responsable sécurité, avec des vérifications visuelles simples mais systématiques.

Typologie des établissements soumis à l’installation obligatoire

La réglementation ne s’applique pas de la même manière à tous les bâtiments. L’obligation d’installer des portes coupe-feu dépend à la fois du type d’établissement, de sa hauteur, de son usage et de la nature des risques présents. Comprendre cette typologie est indispensable pour déterminer où les blocs-portes coupe-feu sont obligatoires, et avec quel degré de résistance au feu.

Globalement, quatre grandes familles de bâtiments sont concernées : les établissements recevant du public (ERP), les immeubles de grande hauteur (IGH), les bâtiments d’habitation collectifs et certains locaux industriels ou entrepôts soumis à la réglementation des installations classées (ICPE). Dans chacun de ces cas, les textes précisent les situations où une porte coupe-feu est exigée : portes palières, locaux techniques, circulations horizontales, escaliers, locaux à risques, etc. C’est cette cartographie des exigences qui doit guider vos choix lors de la conception ou de la rénovation de votre bâtiment.

Établissements recevant du public (ERP) de catégories 1 à 5

Les ERP sont les premiers concernés par l’obligation de mise en place de portes coupe-feu. Qu’il s’agisse d’une école, d’un magasin, d’un restaurant, d’un musée ou d’un établissement de santé, la présence de public extérieur impose une vigilance accrue. L’arrêté du 25 juin 1980 et ses annexes détaillent, article par article (CO, GC, CH, etc.), les emplacements où les blocs-portes coupe-feu sont requis et le degré de résistance minimal attendu.

Pour les établissements des 1ère à 4ème catégories, on retrouve généralement des exigences de portes pare-flammes ou coupe-feu de 30 à 60 minutes sur les circulations horizontales, les cages d’escaliers, les locaux à risques (chaufferies, locaux électriques, locaux poubelles), les communications entre compartiments ou secteurs de sécurité, et les recoupements de couloirs. En 5ème catégorie, les obligations sont allégées, mais certaines activités (crèches, hôtels, établissements de soins) restent soumises à des mesures renforcées en raison de la vulnérabilité du public ou de la présence de locaux de sommeil.

En pratique, comment s’y retrouver ? La méthode consiste à croiser trois paramètres : la catégorie de l’ERP (effectif admissible), son type (M pour magasin, N pour restaurant, R pour établissement d’enseignement, etc.) et l’usage du local concerné. C’est ce triptyque qui détermine si vous devez installer une porte coupe-feu EI 30, EI 60 ou plus, ou si une simple porte non classée suffit. En cas de doute, l’accompagnement par un bureau de contrôle ou un spécialiste en sécurité incendie vous permettra de sécuriser vos choix dès la phase de conception.

Immeubles de grande hauteur (IGH) supérieurs à 50 mètres

Les immeubles de grande hauteur, définis par le Code de la construction et de l’habitation comme les bâtiments dépassant 50 mètres de hauteur pour l’habitation et 28 mètres pour d’autres usages, font l’objet d’une réglementation spécifique particulièrement stricte. Du fait de la hauteur, les opérations d’évacuation et d’extinction sont complexes, ce qui impose un compartimentage très poussé et l’utilisation systématique de portes coupe-feu performantes.

Dans un IGH, les compartiments ne peuvent excéder une certaine superficie et un certain linéaire de façade. Chaque compartiment est séparé des autres par des parois et blocs-portes de résistance importante, souvent EI 60 ou EI 120, afin de contenir un incendie le temps nécessaire à l’intervention des secours. Les accès aux escaliers protégés, aux locaux techniques, aux locaux de stockage et aux locaux de gestion des installations de sécurité doivent presque toujours être équipés de portes coupe-feu à fermeture automatique, reliées au système de sécurité incendie (SSI).

On peut comparer un IGH à un navire de grande taille : si une voie d’eau survient dans un compartiment, tout l’enjeu est d’empêcher l’inondation de se propager aux autres. Les portes coupe-feu jouent ce rôle de cloison étanche. Pour vous, maître d’ouvrage ou gestionnaire de patrimoine, cela implique une attention particulière à la qualité des produits sélectionnés, mais aussi à la maintenance régulière des ferme-portes et des dispositifs de retenue électromagnétique, qui doivent fonctionner sans faille en situation de crise.

Bâtiments d’habitation collectifs R+3 et compartimentage

Les bâtiments d’habitation collectifs sont régis principalement par l’arrêté du 31 janvier 1986, qui distingue plusieurs familles de constructions en fonction de leur hauteur (R+1, R+3, R+7, etc.). À partir de certains seuils, le texte impose un compartimentage plus strict des circulations, des cages d’escalier et des locaux à risques, avec obligation d’utiliser des portes coupe-feu ou pare-flammes à fermeture automatique sur les issues stratégiques.

Dans un immeuble collectif ne dépassant pas 50 mètres de haut, la performance feu exigée pour les portes ne dépasse en général pas 30 minutes. Cela concerne typiquement les portes palières d’appartement, les accès aux cages d’escalier encloisonnées, les locaux poubelles, les locaux vélos ou de stockage attenants aux circulations. Au-delà de 50 mètres, on bascule dans le régime des IGH, avec des exigences plus élevées, souvent EI 60 pour les éléments de compartimentage principaux.

Pour un syndic de copropriété ou un bailleur social, la difficulté est souvent de concilier sécurité incendie, confort d’usage et budget. Faut-il remplacer toutes les portes palières par des modèles coupe-feu certifiés ? Peut-on ajouter des ferme-portes sur des huisseries existantes ? Chaque situation doit être analysée à la lumière du règlement de 1986, des procès-verbaux de classement disponibles et de l’état réel du bâti. Là encore, une approche par priorités (cages d’escalier, locaux à risques, circulations communes) permet d’optimiser les investissements tout en améliorant significativement la sécurité des occupants.

Locaux industriels ICPE soumis à autorisation préfectorale

Les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), notamment les sites industriels soumis à autorisation préfectorale, sont également tenues de respecter des exigences strictes en matière de compartimentage et de résistance au feu. Les arrêtés préfectoraux, complétés par les arrêtés ministériels de prescriptions générales, précisent les dispositions de construction et d’organisation à mettre en œuvre pour limiter les effets d’un sinistre, qu’il s’agisse d’un incendie ou d’une explosion.

Dans ce contexte, les portes coupe-feu servent à séparer les ateliers, les zones de stockage de matières inflammables, les locaux électriques, les locaux de charge de batteries, ou encore les locaux de maintenance. Selon la dangerosité des produits et les scénarios d’accident étudiés dans l’étude de dangers, on pourra exiger des performances EI 60, EI 120 voire EI 240 pour certaines parois et blocs-portes. Les fermetures doivent généralement se déclencher automatiquement en cas de détection d’incendie, parfois en association avec des systèmes de désenfumage et de confinement des fumées.

Vous exploitez un site soumis à la réglementation ICPE ? Dans ce cas, l’installation et le maintien en état de fonctionnement des portes coupe-feu ne sont pas seulement une obligation de sécurité interne : ils conditionnent aussi votre conformité administrative et peuvent être contrôlés par l’inspection des installations classées. Un manquement répété peut conduire à des mises en demeure, voire à la suspension de l’activité en cas de situation jugée dangereuse.

Spécifications techniques des portes coupe-feu certifiées

Au-delà des obligations d’installation, la réglementation impose des caractéristiques techniques précises aux portes coupe-feu. Une porte ne peut être considérée comme coupe-feu que si elle a été testée en laboratoire agréé, selon un scénario d’incendie représentatif, et qu’elle a satisfait aux critères de résistance pendant la durée annoncée. Ces essais conduisent à la délivrance d’un procès-verbal de classement, qui décrit en détail la configuration testée : dimensions, sens d’ouverture, type de huisserie, nature du support, ferrures, vitrages éventuels, etc.

Une porte coupe-feu certifiée se compose généralement d’un vantail en tôle d’acier ou en bois renforcé, d’une âme isolante (laine de roche ou panneau composite incombustible), de joints périphériques intumescents, d’une huisserie métallique ou bois adaptée et d’une quincaillerie homologuée (serrures, paumelles, ferme-portes). Chaque composant joue un rôle dans la performance globale. Modifier un élément sans validation (par exemple remplacer une serrure par un modèle non certifié) revient à remettre en cause la validité du classement feu, même si visuellement la porte semble intacte.

Les spécifications techniques couvrent également la durabilité des dispositifs de fermeture automatique. Une porte coupe-feu doit pouvoir se fermer de manière fiable après des dizaines de milliers de cycles d’ouverture/fermeture, sans perte de performances. Vous l’aurez compris : choisir un bloc-porte coupe-feu ne se résume pas à sélectionner une étiquette EI 30 ou EI 60. Il s’agit de vérifier la cohérence de l’ensemble « porte + huisserie + quincaillerie + support » et de s’assurer que la configuration installée correspond bien à celle qui a été testée.

Installation conforme selon DTU 36.5 et règles de l’art

Une porte coupe-feu parfaitement certifiée, mais mal posée, peut perdre une grande partie de son efficacité. C’est pourquoi la mise en œuvre doit respecter le DTU 36.5 (mise en œuvre des fenêtres et portes extérieures) lorsqu’il est applicable, ainsi que les règles de l’art et, surtout, les prescriptions détaillées dans le procès-verbal d’essai et la notice du fabricant. L’objectif est de garantir la continuité du pare-feu entre la paroi et le bloc-porte, sans point faible susceptible de laisser passer les flammes ou les fumées.

En pratique, cela implique un contrôle rigoureux du support (voile béton, cloison en plaques de plâtre, maçonnerie), du mode de fixation (vissage, chevillage, scellement), de l’étanchéité périphérique et du réglage des organes de fermeture. Une installation conforme nécessite également de prendre en compte les interactions avec les autres corps d’état : électriciens, plombiers, installateurs SSI, etc. Une gaine ou un câble mal positionné dans la réservation de la porte peut créer un point de faiblesse et invalider, de fait, la performance du compartimentage feu.

Pose dans maçonnerie avec mortier réfractaire et joints intumescents

La pose d’une porte coupe-feu dans une paroi maçonnée (béton, agglo, brique pleine) exige le respect de la configuration décrite dans le PV feu. La règle générale veut que le mur support présente une résistance au feu au moins égale, voire supérieure, à celle de la porte. Par exemple, une porte EI 60 installée dans une cloison EI 120 permet de garantir que le point faible potentiel reste le bloc-porte, dont le comportement est maîtrisé et testé.

Selon les cas, l’huisserie peut être scellée au mortier traditionnel ou au mortier réfractaire, ou encore fixée mécaniquement par chevilles métalliques spécifiques. Des jeux de pose maîtrisés sont laissés entre le dormant et la maçonnerie, puis comblés avec des matériaux coupe-feu (mortier, laine minérale, mousse ou mastic classés). Les joints intumescents, positionnés en périphérie du vantail ou dans le dormant, sont indispensables : en gonflant sous l’effet de la chaleur, ils colmatent l’espace entre la porte et le bâti et empêchent le passage des fumées et des gaz chauds.

On peut assimiler ces joints à des airbags : tant qu’il n’y a pas de choc, ils restent discrets et peu visibles ; en cas d’incendie, ils se déploient et assurent la fonction critique pour laquelle ils ont été prévus. Pour vous assurer d’une installation correcte, il est recommandé de confier la pose à une entreprise formée à la mise en œuvre des produits coupe-feu et, si possible, habilitée par le fabricant. Une simple erreur de scellement ou un oubli de joint peut compromettre toute la performance feu du bloc-porte.

Ferrures de sécurité NF S61-937 et ferme-porte hydraulique

La quincaillerie est un maillon souvent sous-estimé de la chaîne de sécurité. Pourtant, sans serrure adaptée, sans paumelles résistantes ou sans ferme-porte fiable, une porte coupe-feu ne remplira pas sa mission. Les normes NF EN 1154 (ferme-portes), NF EN 1155 (dispositifs de retenue électromagnétique) et NF EN 1158 (sélecteurs de vantaux) fixent les exigences de performance et de durabilité pour ces équipements. La norme NF S61-937 encadre, quant à elle, les déclencheurs électromagnétiques utilisés dans les systèmes de sécurité incendie.

Un ferme-porte hydraulique correctement dimensionné permet de garantir la fermeture complète et automatique du vantail après chaque passage, même en cas de courant d’air ou de légère déformation du bâti. Dans les portes à double vantaux, le sélecteur de vantaux assure que le vantail semi-fixe se ferme avant le vantail principal, conformément à la configuration testée en laboratoire. Utiliser une quincaillerie non certifiée ou mal réglée, c’est prendre le risque que la porte reste entrouverte en situation d’incendie, laissant alors les fumées se propager dans les circulations.

Vous avez déjà rencontré des portes de cages d’escalier bloquées en position ouverte par une cale ou un extincteur ? Au-delà du geste du quotidien, ce type de pratique annule purement et simplement la fonction coupe-feu. D’où l’intérêt d’installer des dispositifs de retenue électromagnétique conformes, qui maintiennent la porte ouverte en temps normal et la libèrent automatiquement dès que le système de sécurité incendie est déclenché.

Étanchéité périphérique par mastic coupe-feu certifié

L’étanchéité périphérique autour des blocs-portes coupe-feu est un point clé souvent contrôlé lors des visites réglementaires. Les joints entre le dormant et la paroi doivent être réalisés avec des produits ayant un classement de résistance au feu compatible avec celui de l’ensemble : laine minérale haute densité, mortier ou mastic coupe-feu certifié EI, posés selon les recommandations du fabricant. Un simple joint acrylique décoratif ne présente aucune performance feu et ne doit pas être utilisé seul dans ces interfaces.

Le mastic coupe-feu est conçu pour rester stable à haute température et, selon les formulations, pour se dilater et combler les interstices lorsque la chaleur augmente. Comme pour les autres composants, son efficacité dépend de la mise en œuvre : épaisseur minimale, largeur de joint, préparation du support, continuité sur tout le pourtour de la huisserie. Il est conseillé de conserver les fiches techniques et les certificats de performance des mastics et isolants utilisés, afin de pouvoir les présenter en cas de contrôle ou d’expertise après sinistre.

On peut voir la jonction mur/porte comme la couture d’un vêtement ignifugé : si la matière est résistante mais que la couture lâche, la protection n’est plus assurée. Assurer une étanchéité périphérique conforme, c’est garantir la continuité de la barrière au feu autour du bloc-porte, sans zone de fragilité cachée derrière un simple habillage de plâtre ou de peinture.

Coordination avec détection incendie et désenfumage mécanique

Dans de nombreux bâtiments, les portes coupe-feu ne fonctionnent pas isolément : elles sont intégrées à un système global de sécurité incendie, comprenant la détection automatique, le désenfumage, l’alarme et, parfois, le compartimentage dynamique. Les dispositifs actionnés de sécurité (DAS), dont font partie les portes coupe-feu à ferme-porte avec retenue électromagnétique, doivent être raccordés au système de sécurité incendie (SSI) de manière cohérente et testée.

En cas de détection d’incendie, le SSI envoie un ordre de fermeture aux portes maintenues ouvertes, déclenche les volets de désenfumage, commande les ventilateurs de désenfumage mécanique et active l’alarme. La coordination entre ces différents équipements est essentielle : une porte coupe-feu ne doit pas gêner l’extraction des fumées, et le désenfumage ne doit pas, à l’inverse, empêcher la fermeture correcte des portes. C’est pourquoi les études de sécurité incendie incluent des scénarios fonctionnels qui décrivent précisément la séquence des actions commandées.

Pour vous, cela se traduit par la nécessité de faire travailler de concert les différents intervenants : installateur SSI, lot CFO/CFA, lot menuiseries et lot CVC. Une mauvaise coordination peut conduire à des incohérences coûteuses à corriger après coup (modification de câblages, remplacement de ventouses, repositionnement de détecteurs, etc.). Intégrer dès l’amont la question des portes coupe-feu dans la conception du SSI permet d’éviter ces écueils et de garantir un fonctionnement fiable le jour où surviendra l’événement redouté.

Procédures de vérification et maintenance réglementaire

Une fois les portes coupe-feu installées conformément aux règles de l’art, encore faut-il s’assurer qu’elles conservent leurs performances tout au long de la vie du bâtiment. La réglementation impose des vérifications périodiques, complétées par une maintenance préventive et corrective adaptée. L’objectif est simple : qu’une porte coupe-feu ferme et assure son rôle de compartimentage le jour où un incendie se déclare, même après des années d’utilisation intensive.

Dans les ERP et IGH, le règlement de sécurité impose au responsable de l’établissement d’organiser des contrôles réguliers des dispositifs de protection passive. Ces contrôles peuvent être réalisés par un organisme agréé, mais aussi par le personnel interne formé. Ils portent sur le bon fonctionnement des ferme-portes, l’absence d’obstacle gênant la fermeture, l’état des joints intumescents, l’intégrité des huisseries et la cohérence de la signalisation (pictogrammes, sens d’ouverture, etc.). Toute anomalie observée doit être consignée dans le registre de sécurité et suivie d’une action corrective documentée.

La maintenance préventive des portes coupe-feu comprend le graissage modéré des paumelles, le réglage des ferme-portes, le nettoyage des seuils et des zones de frottement, ainsi que le remplacement périodique des pièces d’usure (joints détériorés, ressorts fatigués, dispositifs de retenue hors service). Il est recommandé d’établir un plan de maintenance pluriannuel, avec un inventaire précis des blocs-portes coupe-feu du site, leurs caractéristiques (EI 30, EI 60, simple ou double vantail, mode de fonctionnement 0, 1 ou 2) et leur localisation. Cet inventaire vous aidera à prioriser les interventions et à anticiper les remplacements.

Autre point essentiel : toute modification du cloisonnement, du câblage ou de l’équipement d’une porte coupe-feu doit faire l’objet d’une vérification de conformité. Ajouter un oculus vitré, percer une ouverture pour un passe-câble ou changer de serrure ne peut se faire qu’avec des composants certifiés et en respectant les combinaisons prévues dans le procès-verbal d’essai. À défaut, la porte peut perdre son classement feu, ce qui sera relevé en cas de contrôle et pourra être retenu en cas d’expertise après sinistre.

Sanctions pénales et responsabilité civile en cas de non-conformité

Le non-respect de la réglementation relative aux portes coupe-feu ne se limite pas à un simple risque de remarque lors d’une commission de sécurité. En cas d’incendie, une non-conformité avérée peut avoir des conséquences lourdes sur le plan pénal, civil et assurantiel. L’exploitant d’un ERP, le propriétaire d’un immeuble d’habitation ou le dirigeant d’une entreprise industrielle peuvent voir leur responsabilité engagée s’il est démontré que les obligations de sécurité incendie n’ont pas été respectées.

Sur le plan pénal, le Code de la construction et de l’habitation, ainsi que le Code pénal, prévoient des sanctions en cas de mise en danger d’autrui, d’homicide involontaire ou de blessures involontaires résultant d’un manquement délibéré à une obligation de sécurité. L’absence de portes coupe-feu là où elles sont obligatoires, la neutralisation de ferme-portes, la pose non conforme ou le défaut manifeste de maintenance peuvent être considérés comme autant de manquements graves. Les peines peuvent aller de l’amende à l’emprisonnement, selon la gravité des conséquences du sinistre.

Sur le plan civil et assurantiel, les conséquences peuvent être tout aussi importantes. En cas de dommages matériels ou corporels, l’assureur peut réduire les indemnités, voire opposer une déchéance de garantie, si une non-conformité flagrante à la réglementation incendie est mise en évidence. De plus, les victimes ou leurs ayants droit peuvent se retourner contre le propriétaire ou l’exploitant du bâtiment pour obtenir réparation de leur préjudice. Dans ce contexte, disposer d’une traçabilité complète des installations (procès-verbaux, notices, plans) et des opérations de maintenance devient un atout majeur pour démontrer votre diligence.

Au-delà de la sanction, il s’agit surtout de mesurer l’enjeu humain et économique. Un incendie mal maîtrisé peut entraîner la fermeture durable d’un établissement, la perte d’outils de production, une atteinte durable à l’image de l’entreprise, sans parler des conséquences potentiellement dramatiques pour les occupants. Mettre en conformité vos portes coupe-feu et organiser leur maintenance régulière, c’est donc à la fois respecter la loi, protéger vos responsabilités et, surtout, garantir la sécurité des personnes qui fréquentent vos bâtiments au quotidien.